jeudi 28 mai 2026

Decryptage IDEA: les ingénieurs au cœur des besoins actuels

A l’occasion de la Journée de l’Ingénieur, la fondation IDEA a réalisé spécialement pour nous un décryptage portant sur les études d’ingénieur. La suite logique de ce travail, c’était un éclairage sur les professions d’ingénieur au Luxembourg. Le Décryptage 58 d’IDEA s’intitule « Les ingénieurs au cœur des besoins actuels ». Il est paru dans l’édition de mai d’Entreprises Magazine et sur le site de la Fondation IDEA.

Face aux mutations économiques, technologiques et énergétiques, les ingénieurs occupent aujourd’hui une place centrale dans le développement du Luxembourg. Pourtant, le pays fait face à une pénurie croissante de ces profils hautement qualifiés, alors même que les besoins des entreprises augmentent rapidement. Le décryptage d’IDEA rédigé par Ioana Pop met en lumière les fragilités structurelles du modèle luxembourgeois ainsi que les défis à relever pour assurer la compétitivité du pays.

Le Luxembourg présente d’abord une particularité importante : la proportion de diplômés dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) reste inférieure à la moyenne de l’OCDE et de l’Union européenne. En 2024, seuls 23 % des résidents âgés de 25 à 64 ans possédaient un diplôme STIM, contre plus de 26 % dans l’UE et l’OCDE. Le déficit est particulièrement marqué dans les filières d’ingénierie, où la part des diplômés atteint seulement 9,4 %, loin de la moyenne internationale.

Une économie fortement dépendante des talents étrangers

Cette situation s’explique en partie par l’évolution historique de l’économie luxembourgeoise. Le pays s’est progressivement spécialisé dans la finance et les services, tout en s’appuyant fortement sur une main-d’œuvre étrangère et frontalière. Ce modèle a limité le développement d’une formation locale d’ingénieurs et renforcé la dépendance envers les talents internationaux. Ainsi, seuls 13,2 % des étudiants résidents inscrits en STIM poursuivaient des études d’ingénierie au Luxembourg en 2024-2025.

La dépendance aux travailleurs frontaliers est particulièrement visible dans les secteurs techniques comme la construction, l’industrie manufacturière, les technologies de l’information ou les activités scientifiques. Dans certains secteurs, les frontaliers représentent jusqu’à 71 % des salariés. Par ailleurs, la structure de l’économie a profondément changé ces trente dernières années : l’industrie et la construction ont perdu du poids dans l’emploi total, tandis que les activités spécialisées, scientifiques et techniques ont fortement progressé.

Des besoins amplifiés par l’intelligence artificielle et les mutations du travail

Dans ce contexte, les tensions sur le marché du travail se sont accentuées. En 2025, les métiers d’ingénieurs figuraient parmi les professions les plus en pénurie selon l’ADEM (Agence pour le développement de l’emploi). Les besoins concernent surtout l’informatique, les systèmes d’information, l’industrie et le bâtiment. Le stock de postes vacants liés à l’ingénierie représenterait près de 7 % de l’ensemble des postes vacants du pays, un niveau inédit.

L’émergence de nouvelles transformations économiques accentue encore cette pression. Le développement rapide de l’intelligence artificielle, le vieillissement de la population active et l’évolution des compétences recherchées modifient profondément les attentes des entreprises. Désormais, les ingénieurs doivent non seulement maîtriser des compétences techniques avancées, mais aussi faire preuve d’adaptabilité, de créativité et de leadership. Les entreprises luxembourgeoises adoptent d’ailleurs l’intelligence artificielle plus rapidement que celles des pays voisins, notamment dans les secteurs technologiques et scientifiques.

Repenser les politiques publiques pour préparer l’avenir

Selon les prévisions de la FEDIL (Fédération des Industriels Luxembourgeois), plus de 3.000 recrutements devraient être réalisés dans les prochaines années dans l’industrie, la construction, les transports et les services techniques, avec une forte proportion de postes d’ingénieurs. Cette dynamique confirme que les besoins ne sont pas conjoncturels mais structurels.

Face à ces enjeux, le rapport souligne la nécessité d’adapter les politiques publiques. Le Luxembourg devra encourager davantage les étudiants à s’orienter vers les filières STIM et renforcer l’attractivité des métiers d’ingénieurs. Des mesures fiscales destinées aux jeunes talents internationaux, comme l’extension de certaines primes exonérées d’impôt, pourraient également contribuer à attirer et retenir les compétences nécessaires au développement futur du pays.

Thierry Flies sur 100,7

Interrogé par la radio 100,7, Thierry Flies, le président de l’association des Ingénieurs et Scientifiques du Luxembourg, a livré ses réflexions à propos de cette étude, soulignant que la profession d’ingénieur joue un rôle clé face aux défis actuels : la numérisation, l’intelligence artificielle, la transition énergétique et la décarbonation ne peuvent être mises en œuvre sans ingénieurs. Bien que de plus en plus de jeunes – et aussi davantage de femmes – choisissent de suivre des études d’ingénieur, cette tendance ne se ressent pas encore sur le marché du travail.

En tant qu’Association des ingénieurs et scientifiques du Luxembourg, nous nous engageons à mieux faire connaître la profession et à inciter les jeunes à se lancer dans une carrière dans les domaines des STIM. L’avenir de notre économie et de notre société ne peus se faire sans ingénieurs.