Thursday November 27th, 2025

Wëssens-Atelier: dix ans de développement progressif et harmonieux

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Mais comment susciter la passion des enfants pour les métiers techniques, pour la science, pour l’ingénierie ? La question est presque éternelle chez les administrateurs de l’association des Ingénieurs et Scientifiques du Luxembourg, qui constatent souvent une appétence d’études fort différente de la part des jeunes générations par rapport à leur propre vécu.

Ce questionnement était présent chez Christian Zeyen, fier de son parcours dans la sidérurgie, mais conscient des nouvelles options de vie, qui nourrissent la pénurie dans nos métiers, et de façon plus générale le désintérêt pour l’artisanat.

Sur une chaîne de télévision allemande, au tournant de 2010, il voit un soir un reportage sur la Wissenswerkstatt, à Passau (Bavière). Des ateliers d’initiation des jeunes aux techniques, simples et percutants, sensibilisent les plus petit(e)s à l’utilisation des outils. L’image s’imprime dans l’esprit de Christian Zeyen, et ne le quittera pas: l’idée du Wëssens-Atelier est née. Il n’y a plus qu’à la concrétiser, et il compte bien endosser le projet lors de sa prochaine retraite.

Une vitrine pour l’association des ingénieurs

Au sein de ce qui est encore l’« Association luxembourgeoise des Ingénieurs », présidée par Yves Elsen, on cogite sur la transposition du projet, qui surfera sur la fusion des associations et sera endossé par l’ASBL Da Vinci, qui deviendra l’association des Ingénieurs et Scientifiques du Luxembourg, présidée alors par Marc Solvi.

Gilbert Engel et Christian Zeyen assument la paternité précoce du projet, qui va constituer une vitrine pour l’association et donner un nouveau développement concret à son action. Jean Lamesch s’ajoute au duo, en apportant le support de la fondation Veuve Emile Metz-Tesch. La voie est tracée, l’enthousiasme collectif pousse l’équipe. Le nom de baptême du nouveau projet est choisi : « Wëssens-Atelier ». « Il s’agit naturellement d’une déclinaison de « Wissenswerkstatt », mais pas d’une traduction littérale », explique Christian Zeyen. Dans notre « Atelier du savoir », il y a les notions de sciences, d’apprentissage… L’atelier, c’est un lieu de travail, une porte ouverte vers l’artisanat ».

Lors de la conférence de presse de lancement, en 2015: de g à dr, Gilbert Engel, Romain Becker, Claude Meisch et Christian Zeyen.

L’équipe lance toutes les démarches nécessaires et rencontre le ministre de l’Éducation nationale Claude Meisch pour lui présenter sa feuille de route. Comme le modèle allemand fonctionne parfaitement et qu’il convient bien au projet, l’autorisation de transposer le concept au Luxembourg est obtenue. La convention passée avec la Wissenswerkstatt nous permet d’utiliser ses programmes: circuit électrique simple, souris, porte coulissante, plateau pneumatique… tant de bricolages classiques d’initiation que le Wëssens-Atelier propose toujours. Elle nous fait aussi régulièrement profiter de son expérience.

Naissance à Esch-sur-Alzette

Le fonctionnement du Wëssens-Atelier se fondera sur le volontariat d’ingénieurs et de techniciens, l’engagement d’enseignants, le support de lycées techniques et le soutien d’entreprises luxembourgeoises sur la base d’un accord du ministre de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse. Le ministère prend en charge la rémunération des enseignants quand ils coiffent leur casquette « Wëssens-Atelier ».

Mais où vont fonctionner les ateliers ? La Wissenswerkstatt a ses propres ateliers à Sarrebruck. Ce sont les enfants qui s’y déplacent, l’après-midi. Le Wëssens-Atelier n’avait pas de local, encore moins un atelier. Comment faire pour débuter assez vite? En utilisant les ateliers des lycées techniques! Grâce au feu vert du ministre, à condition de trouver des maîtres d’apprentissage volontaires, le concept pouvait être lancé. Les deux maîtres précurseurs, Fabrice Winckel et Xavier Pierrot, travaillaient au Lycée Technique d’Esch-sur-Alzette (aujourd’hui Guillaume Kroll). Ils ont démarré le 8 octobre 2015, avec pour vivier les enfants des maisons relais de la commune.

Toucher aussi les parents

L’objectif du Wëssens-Atelier, c’est « motiver les jeunes à suivre des cours techniques scientifiques ». Mais cela ne suffit pas… L’influence des parents est déterminante dans le choix des enfants. « Au Luxembourg, l’artisan n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur », remarque Christian Zeyen. Dans nos ateliers, les enfants apprennent à utiliser leurs mains pour créer quelque chose de relativement simple : il faut que cette pièce soit finalisée après deux ou trois heures de travail. Cet objet, ils le ramènent à la maison, ce qui a un double effet: attirer l’attention de leurs amis ou frères et sœurs, et susciter l’attention des parents, qui découvrent peut-être une compétence ignorée de leurs enfants.

L’idée de faire contribuer financièrement les participants s’est posée au départ. En faveur de cette contribution, il y avait le vieux principe du « ce qui ne coûte rien ne vaut rien ». Mais l’idée que cinq euros puissent être significatifs pour certaines familles fait reculer les pères fondateurs du Wëssens-Atelier : pas question que des enfants soient dissuadés de participer pour des raisons financières. La gratuité s’impose, et elle impose le recours aux sponsors, qui répondront nombreux aux sollicitations et sont restés fidèles au projet.

Dès 2016, le réseau s’étend

À la rentrée 2016-2017, l’offre s’élargit à Luxembourg ville (Lycée des Arts et Métiers) avec Mike Zawidzki, un passionné d’électricité, puis Mike Martin. Les ateliers s’adressent aux enfants des maisons relais des environs. Le Wëssens-Atelier est sur les rails. Il s’étend parallèlement vers l’école fondamentale « Am Sand » de Niederanven, puis la maison relais de Capellen, qui sera suivie par celle de Mamer.

Plus au Nord, le Wëssens-Atelier prend ses quartiers au Lycée Technique Edward Steichen, à Clervaux. Là, il touche des élèves plus âgés, qui débutent dans le supérieur. Ce sera aussi le cas à Junglinster, où le Wëssens-Atelier s’adresse également aux élèves de l’enseignement international public.

L’équipe actuelle du Wëssens-Atelier: de g. à dr, Maurice Hoogenhout, Carine Gansen et Anne Marmann

Il est grand temps d’élargir le cadre des formateurs. Jusqu’en 2019, tous les cours étaient prodigués par des enseignants des écoles. Maurice Hoogenhout est engagé pour donner lui aussi des formations, directement pour le compte du Wëssens-Atelier, dont il devient l’un des visages incontournables. Il sera rejoint plus tard par Anne Marmann, directrice. Carine Gansen complète l’équipe en 2025.

L’arrêté ministériel du 23 septembre 2019 a donné l’agrément à l’association pour assurer des cours de formation professionnelle continue dans les domaines des sciences et des technologies. La qualité des prestations est garantie. L’objectif est d’instaurer un système de multiplicateurs, que les formateurs se forment sur le principe « train the trainer » et que le Wëssens-Atelier puisse continuer à poser ses jalons un peu partout.

Il le fait dans des projets plus personnels ou spécifiques qui, parfois, reprennent le concept pour se l’approprier, le personnaliser, le dépasser. C’est le cas avec le Fuerscherhaus à Mersch et les ateliers de l’école fondamentale « Am Sand » à Niederanven. Ici, trois enseignants de l’école exercent en parfaite autonomie sous le label Wëssens-Atelier. L’expérience pilote est suivie de près, car ce modèle mériterait d’être répliqué dans de nombreuses écoles.

L’équipe motivée d’Am Sand: Marc Schmit, Mélanie Schweich et Claude Gilbertz

Covid et réorientation

La période de la crise sanitaire du Covid-19 a ébranlé plus d’une organisation. Pour le Wëssens-Atelier aussi, le passage a été délicat : tout ce qui avait été construit pendant quatre ans a été bouleversé.

Pourtant, comme l’indiquent les chiffres, on n’a pas vu une désaffection du nombre de participants au Wëssens-Atelier. Mais les « clients primaires », les maisons relais, se sont détournés du concept, tandis que les écoles primaires augmentaient et compensaient cette disparition. Ce changement de paradigme est directement imputable aux règles Covid, qui ne permettaient plus des mélanges d’élèves, et particulièrement que des enfants des maisons relais pénètrent dans les lycées.  Au Lënster Lycée (Junglinster) comme à Clervaux, les classes fondamentales de l’établissement ont heureusement pu participer.

Le Wëssens-Atelier a récupéré une partie de son public des maisons relais après la pandémie, mais pas autant qu’avant. Il s’adresse toujours aux enfants de 8 à 12 ans, mais plutôt en provenance de l’enseignement fondamental désormais.

Plus d’autonomie, plus de mobilité

La période de pandémie a donc fait réfléchir les responsables du Wëssens-Atelier: comment avoir plus d’autonomie pour organiser les programmes et pour recevoir les enfants dans un lieu adapté, à des horaires et dates choisis ? En 2024, le prêt de la « Maushaus », bâtiment historique situé rue Auguste Lumière, à Luxembourg, à deux pas de la gare, a constitué un cap important. Le Wëssens-Atelier a pu y installer son propre atelier, avec un équipement sur mesure, et une offre que ses équipes maîtrisent à 100%.

La Maushaus, à Bonnevoie (Luxembourg)

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Pourquoi ne pas pouvoir aller à la rencontre des jeunes, partout dans le pays, avec un atelier mobile, semblable à celui du Musée d’Histoire naturelle ? Ce qui n’était qu’un rêve il y a dix ans se concrétise en 2025 pour fêter l’anniversaire du Wëssens-Atelier.  L’intérêt n’est pas mince: toutes les écoles n’ont pas de classes spécifiques pour un atelier ni d’espace pour installer du matériel, comme des fers à souder, par exemple, en nombre suffisant. Et quand les écoles se déplacent en transport public, elles peuvent perdre des heures si elles viennent de loin. Autant faire le chemin à leur place. Le camion pourra accueillir 12 à 14 enfants, comme une classe technique habituelle. Les 8-12 ans des écoles les plus éloignées se verront ainsi ouvrir les mêmes possibilités que leurs condisciples du sud du pays.