Thursday September 24th, 2026

Metzeschmelz : de l’ancienne aciérie à un nouveau morceau de ville

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Entre Esch-sur-Alzette et Schifflange, les hauts-fourneaux se sont tus, mais le passé sidérurgique reste omniprésent. Sur 63 hectares d’anciennes emprises industrielles, le site Metzeschmelz doit progressivement se transformer en un nouveau quartier mêlant logements, activités, équipements publics et espaces verts. L’ambition n’est pourtant pas de faire table rase du passé. Au contraire : l’identité industrielle du site constitue l’un des points de départ du projet.

Emmenés par Christian Zeyen et Romain Becker, administrateurs d’IngSci, une vingtaine de nos membres ont eu le plaisir de visiter le site, dont plusieurs bâtiments et éléments industriels classés seront conservés et réhabilités. Quelques anciens de l’Arbed faisaient partie du groupe. Entre nostalgie et vision d’avenir, ils se sont interrogés sur les techniques de conservation, la philosophie du nouvel habitat… et la relative lenteur des opérations, en comparaison d’une époque où décision et action s’enchaînaient à un rythme soutenu.

Merci à l’équipe d’AGORA — Vanessa Villeneuve, ingénieure cheffe de projet, Beate Heigel, architecte cheffe de projet, et Olivier Wauthier, responsable travaux — d’avoir esquissé pour nous les grandes lignes de ce qui constitue l’un des principaux projets de développement urbain du sud du Luxembourg.

La conception du quartier a suivi une démarche originale. Plutôt qu’un concours d’architecture classique, où les candidats travaillent séparément avant de présenter leur projet à un jury, Metzeschmelz a fait l’objet en 2019 d’un atelier international de conception intensif et participatif. Pendant une semaine, quatre équipes ont travaillé sur place et confronté leurs réflexions, tandis que des citoyens participaient parallèlement à des ateliers et forums. Un point d’étape a été organisé en milieu de semaine avant la présentation finale. Le jury a finalement retenu le projet porté par les bureaux danois COBE et Urban Agency, associés à LUXPLAN et Urban Creators.

800 000 m², mais pas une ville-dortoir

Le programme envisagé est considérable : quelque 803 000 m² de surface construite brute, environ 4 360 logements et, à terme, entre 8 000 et 10 000 habitants. Près de 7 900 emplois pourraient également être accueillis sur le site. L’enjeu est précisément d’éviter de créer un quartier-dortoir.

Metzeschmelz doit devenir un lieu où l’on puisse habiter, travailler, faire ses courses, fréquenter une école ou des équipements collectifs et se déplacer sans dépendre systématiquement de la voiture. Cette mixité des fonctions doit permettre au quartier de vivre à différents moments de la journée. Une attention particulière est également accordée à la mixité sociale : 30 % des surfaces résidentielles sont prévues pour du logement abordable.

Une partie de cette identité viendra directement de l’ancienne usine. Plusieurs bâtiments et structures industriels doivent être conservés et réaffectés. Il ne s’agit donc pas de préserver quelques objets emblématiques au milieu d’un quartier entièrement neuf, mais de faire de certaines constructions existantes des éléments constitutifs du nouvel ensemble. Le patrimoine industriel ne doit ainsi pas devenir un simple décor : il est appelé à reprendre une fonction dans la ville.

Mettre la voiture à distance

Le changement est tout aussi important en matière de mobilité. Dans un quartier traditionnel, rues, accès automobiles et parkings déterminent largement la forme urbaine. À Metzeschmelz, la logique part davantage du piéton, du vélo et des transports collectifs. La voiture ne disparaît évidemment pas, mais le projet cherche à éviter qu’elle occupe l’espace central du quartier et à décourager le trafic de transit entre Esch-sur-Alzette et Schifflange.

C’est dans cette logique qu’apparaissent les « Facility Hubs », l’un des concepts les plus intéressants présentés pendant la visite. Au lieu de construire systématiquement un parking souterrain sous chaque nouvel immeuble, une partie du stationnement est regroupée dans des structures hors sol situées à des endroits stratégiques.

L’idée change profondément la manière de concevoir un quartier. Un parking souterrain lie durablement les places de stationnement à un bâtiment et impose une infrastructure lourde. Un Facility Hub peut, au contraire, évoluer avec les besoins. Si, dans quelques décennies, les habitants possèdent moins de voitures, une partie de ces surfaces pourra théoriquement être affectée à d’autres usages. Et surtout, la voiture s’arrête avant d’arriver au pied du logement. Les derniers mètres se font à pied, ce qui permet de rendre une partie de l’espace public aux habitants plutôt qu’au stationnement. Cette philosophie s’inscrit également dans un projet de transport beaucoup plus vaste : Metzeschmelz doit être desservi à terme par le tram rapide reliant Luxembourg-ville au sud du pays.

Quand une brique usagée coûte plus cher qu’une neuve

La circularité constitue une autre caractéristique majeure de la reconversion de la friche. Dans une ancienne aciérie, la quantité de matériaux potentiellement récupérables est gigantesque. L’idée est donc de réemployer autant que possible ce qui se trouve déjà sur place. Mais la réalité est moins simple que le principe. Il faut démonter les matériaux sans les endommager, les trier, parfois les nettoyer, vérifier leur état et déterminer s’ils peuvent être réutilisés dans une construction neuve. Une partie est inévitablement perdue au cours des opérations. À cela s’ajoute, sur un ancien site industriel, la question de la pollution des sols et de certains matériaux.

Le paradoxe est qu’un matériau récupéré sur place peut finalement revenir plus cher qu’un matériau neuf. Le bénéfice environnemental ne se traduit donc pas automatiquement par un avantage économique. Cette difficulté ne remet pas en cause le principe du réemploi. Elle montre plutôt que Metzeschmelz constitue aussi un terrain d’expérimentation : il faut déterminer ce qui mérite réellement d’être conservé, démonté ou transformé, et développer les filières capables de donner une seconde vie aux matériaux.

Ne pas effacer l’usine

Pendant des décennies, le site était un espace industriel fermé, organisé autour des besoins de la production sidérurgique. Metzeschmelz doit progressivement en faire presque l’inverse : un quartier ouvert, traversable et habité. Pour autant, l’usine ne doit pas disparaître derrière les nouveaux immeubles. Les bâtiments conservés, la tour de refroidissement, les traces des anciennes installations et les grands espaces industriels sont autant d’éléments susceptibles de maintenir un lien avec ce qui existait auparavant. Le paysage, notamment autour de l’Alzette, dont la renaturation fait partie du projet, doit lui aussi participer à cette transformation.

Des travaux jusque dans les années 2040

Il faudra cependant être patient. En 2026, Metzeschmelz est encore largement dans une phase de préparation : démolitions, études, programmation urbaine, traitement des sols et préparation des infrastructures. La viabilisation, l’assainissement et la construction des premiers logements sont actuellement envisagés à partir de 2029. Les premiers Facility Hubs devraient suivre autour de 2030-2031 et les premiers habitants pourraient s’installer à partir de 2032 dans les logements abordables, puis à partir de 2033 dans les logements du marché libre. Le développement complet du quartier se poursuivra ensuite par étapes, vraisemblablement jusque dans les années 2040.

Cette durée est peut-être l’un des principaux défis de Metzeschmelz. Les techniques de construction, les besoins en logements et les habitudes de mobilité auront largement le temps d’évoluer avant que le quartier ne soit achevé. Le projet doit donc être suffisamment structuré pour conserver une identité cohérente, mais suffisamment souple pour ne pas construire demain la ville telle qu’on l’imaginait hier.